Resume
La Philosophie de Moïse, certains Juifs alexandrins, au Ier siècle avant Jésus-Christ, ont essayé de l'extraire du Pentateuque, en appliquant à la Torah, dans la version des Septante, la même méthode allégorique qui avait permis aux Grecs de faire d'Homere un philosophe. De verset en verset, ils dénonçaient l'absurdité ou l'inconvenance du sens littéral des récits bibliques ou des
•prescriptions légales afin de mieux dévoiler des doctrines morales cachées, celles-là mêmes que les Grecs, venus plus tard, empruntèrent, selon eux, au Législateur des Juifs. De la création du monde à l'entrée d'Israël en terre promise, l'allégorie reconstituait une anthropologie et une éthique philosophiques où étaient évoqués les rapports de l'âme humaine avec le vice et la vertu.
Ce document d'une audace intellectuelle incomparable n'est pas complètement disparu, puisqu'il a laissé de profonds vestiges dans une entreprise exégétique animée par une vision du monde toute différente: les commentaires allégoriques de Philon d'Alexandrie.
Etudier le dialogue entretenu par Philon avec cette source exégétique; c'est-à-dire les emprunts, parfois reconnus, mais aussi les critiques, les gauchissements, les censures qu'il impose à cette allégorie traditionnelle, c'est découvrir la ferveur piétiste, essentiellement juive, de Philon et remettre à leur place, fort subalterne, la philosophie et l'allégorie dont l'omniprésence a jusqu'ici tant impressionné les spécialistes.
Cette étude qui porte sur un chapitre méconnu de la tradition allégorique grecque et judéo-chrétienne, intéressera donc non seulement les spécialistes de Philon d'Alexandrie, mais aussi les historiens de la philosophie hellénistique, les historiens du judaïsme, les exégètes de l'Ancien Testament et de la Septante et, de façon plus générale, les historiens des religions.
Richard GOULET, Docteur ès-Lettres, est responsable du programme de recherche «Clavis Philosophorum Antiquorum» au
C. N. R. S.