Resume
ant ou Hume. Pourquoi inverser l'ordre chronologique, quand la tradition répète que Kant a répondu à la question posée par Hume ? Pourquoi douter d'une liaison si bien établie dans l'histoire de la philosophie ?
Traditionnellement, l'étude du rapport entre les philosophies de Hume et de Kant s'est concentrée sur la solution du problème de l'entendement (la causalité), imposant une lecture orientée de la philosophie kantjenne, tronquant la lecture de la philosophie humienne. Il faut au contraire restaurer une analyse intégrale de l'empirisme de Hume : le retour à l'expérience renvoie toute connaissance à la réalité de l'être et, analytiquement, suspend l'effort fondateur de la pensée. Lorsque la raison se rapporte au réel, qui est sensible, elle perd l'évidence de sa garantie ontologique et ne se connaît plus que comme le terme d'une genèse sceptique. Si on accorde ainsi que le scepticisme humien est la conséquence obligée de son empirisme et que cet empirisme est une métaphysique de la réalité, on renouvelle alors les principes de la comparaison entre les deux auteurs. La Critique est en effet sommée de produire sa propre raison : c'est dans l'acte même, par lequel elle se porte de sa certitude logique à sa fondation dans l'être, que la raison critique doit affronter la crise sceptique et tenter de la surmonter. Rivales, les deux philosophies se doublent d'une extrémité à l'autre et entretiennent une contrariété partout dense.
Michel MALHERBE, né en 1941, ancien
élève de l'Ecole Normale Supérieure, agrégé
de Philosophie, docteur es Lettres, enseigne actuellement l'histoire de la philosophie à l'Université de Nantes et poursuit ses recherches dans le domaine de la philosophie anglo-saxonne